Pratique de l’oracle
Oracle ou tarot : quelles différences, et comment choisir
Publié le 10 juillet 2026 · Le Journal de Borago
Devant le rayon d’une librairie ou les étagères d’une boutique spécialisée, la question revient presque toujours : faut-il commencer par un tarot ou par un oracle ? Les deux se présentent sous la forme d’un paquet de cartes illustrées, les deux nourrissent une réflexion symbolique, et pourtant ils n’obéissent pas aux mêmes règles. L’un hérite d’une structure fixée depuis des siècles, l’autre invente la sienne à chaque jeu. Ce guide propose une comparaison honnête : ce que le tarot exige, ce que l’oracle permet, ce que les deux partagent, et quelques repères concrets pour choisir un premier jeu sans se tromper d’intention.
Qu’est-ce que le tarot, exactement ?
Le tarot désigne une structure précise et remarquablement stable : soixante-dix-huit lames, réparties en deux ensembles. Les vingt-deux arcanes majeurs forment la colonne vertébrale du jeu : du Bateleur au Monde, en passant par L’Impératrice, La Roue de Fortune ou L’Étoile, ils déroulent une suite de figures que la tradition lit volontiers comme un parcours initiatique. Les cinquante-six arcanes mineurs se répartissent quant à eux en quatre enseignes (bâtons, coupes, épées et deniers), chacune composée de dix cartes numérotées et de quatre figures de cour : valet, cavalier, reine et roi.
Cette architecture ne date pas d’hier. Les historiens du jeu de cartes situent la naissance du tarot au XVe siècle, dans les cours d’Italie du Nord, où il servait d’abord de jeu de société. Son usage symbolique et divinatoire s’est développé bien plus tard, à la fin du XVIIIe siècle, notamment sous la plume d’Antoine Court de Gébelin, puis d’Etteilla. Le jeu que l’on manipule aujourd’hui porte donc plusieurs couches d’histoire, et c’est une part de son charme.
Le mot « arcane », que l’on rencontre partout dans les livres consacrés au tarot, vient du latin arcanum, le secret : la tradition y voit des images à déplier plutôt que des définitions à réciter. C’est une bonne façon d’aborder le jeu, quelle que soit l’école choisie.
Deux grandes traditions dominent la pratique contemporaine. Le Tarot de Marseille, dont le motif s’est fixé entre l’Italie du Nord et le sud de la France, présente des arcanes mineurs non illustrés : des alignements de coupes ou d’épées, à la manière d’un jeu de cartes classique, que la lectrice apprend à interpréter par le nombre et l’enseigne. Le Rider-Waite-Smith, publié à Londres en 1909 et dessiné par Pamela Colman Smith sous la direction d’Arthur Edward Waite, illustre au contraire chacune des soixante-dix-huit cartes par une scène complète : ce parti pris facilite la mémorisation et explique sa popularité auprès des personnes qui débutent.
Apprendre le tarot demande du temps. Soixante-dix-huit significations, leurs combinaisons, parfois leurs renversements, et la grammaire qui relie les arcanes entre eux : beaucoup de praticiennes y consacrent des années, avec bonheur. Il serait injuste de présenter cette exigence comme un défaut. C’est une profondeur, et le système récompense la patience de celles qui s’y engagent.
Qu’est-ce qu’un oracle, et en quoi est-il différent ?
Le mot oracle recouvre une réalité beaucoup plus libre : le nombre de cartes varie (trente, quarante-quatre, cinquante-trois, parfois davantage), le thème appartient à la personne qui l’a créé, et le livret qui accompagne le jeu suffit généralement à y entrer. Un oracle peut parler d’animaux, de lune, de saisons ou de plantes : son vocabulaire est celui de son univers, et il n’a de comptes à rendre à aucun canon.
Certains oracles adoptent néanmoins une organisation interne rigoureuse. C’est le cas des jeux à familles, dont l’oracle Belline reste l’exemple le plus connu en France : publié au début des années 1960 à partir de dessins attribués au mage Edmond, voyant parisien du XIXe siècle, il regroupe ses cartes en familles placées sous le patronage symbolique de sept astres. Cette parenté se retrouve dans l’oracle Borago, dont les cinquante-trois cartes aquarellées traduisent chaque motif en langage botanique : la première d’entre elles, L’Ouverture, associe la clef des commencements à la verveine officinale, que les traditions anciennes lient aux seuils et aux passages.
La lecture d’un oracle est réputée plus intuitive, et c’est largement vrai : l’image porte l’essentiel du sens, le livret fait le reste, et une seule carte suffit souvent à ouvrir la réflexion du jour. Il ne faudrait pas en conclure que l’oracle serait un tarot simplifié. C’est un autre langage, qui privilégie la résonance immédiate sur la combinatoire, et qui peut se doter de ses propres profondeurs : le langage des fleurs offre par exemple à un oracle botanique une grammaire aussi ancienne que celle des arcanes. Chez Borago, les cartes se lisent aussi au fil de cycles végétaux, de la sève montante à la racine profonde : une structure souple, qui guide la lecture sans jamais l’enfermer.
Qu’est-ce qui rapproche l’oracle et le tarot ?
L’essentiel, en réalité. L’un comme l’autre sont des miroirs symboliques, et aucun des deux n’est un instrument de certitude : une carte éclaire une situation sous un angle inattendu, invite à formuler une question plus juste, souligne ce que vous saviez déjà sans l’avoir nommé. Elle ne décide de rien à votre place, et c’est précisément ce qui la rend précieuse. Quiconque vous vend une lame porteuse de réponses toutes faites, qu’elle vienne d’un tarot ou d’un oracle, vous vend autre chose que de la guidance symbolique.
Tarot et oracle partagent aussi des usages. Le tirage quotidien, matin ou soir, qui installe un rendez-vous avec soi ; le journal où l’on note la carte, la question posée et ce qu’elle a remué ; le soin apporté au moment du tirage, qui compte davantage que le nombre de cartes retournées. Dans les deux cas, la qualité de la question fait la qualité de la lecture : une interrogation ouverte (« qu’est-ce que cette situation me demande ? ») offre toujours plus de matière qu’une demande de verdict. Ils partagent enfin une histoire commune, celle des langages d’images : les figures du tarot, les familles du Belline et les fleurs des herbiers appartiennent à la même lignée de symboles que l’Europe se transmet, redessine et réinterprète depuis des siècles. Choisir entre eux, c’est choisir un dialecte, pas un camp.
Comment choisir son premier jeu ?
Plutôt que d’opposer les deux traditions, mieux vaut partir de vous. Quelques critères simples suffisent à orienter le choix :
- Le thème. Un jeu dont l’univers vous parle sera manipulé souvent, donc apprivoisé vite. Si les plantes, les saisons ou les jardins vous touchent, un oracle botanique vous retiendra plus sûrement qu’un système abstrait ; si les grandes figures archétypales vous fascinent, le tarot vous attend.
- La taille et la matière des cartes. Les tarots traditionnels sont souvent grands et rigides, ce qui impressionne au début ; certains oracles, plus petits, se mélangent aisément même entre de petites mains. Ce détail, anodin en apparence, décide du plaisir d’usage quotidien.
- La langue du livret. Un accompagnement en français, clair et structuré, change tout lorsqu’on débute : vérifiez ce point avant même de regarder les illustrations.
- Le temps que vous souhaitez y consacrer. Le tarot demande un véritable apprentissage avant de livrer sa profondeur ; un oracle se laisse aborder dès le premier soir, quitte à se révéler plus riche qu’il n’y paraissait au fil des mois.
Pour une première approche, l’oracle est souvent le chemin le plus doux : moins de cartes à mémoriser, un thème unique qui donne une cohérence immédiate, une lecture qui repose sur l’image plutôt que sur la combinatoire. Cela n’enlève rien au tarot, qui reste un choix magnifique pour qui aime les systèmes et accepte d’étudier. Rien n’oblige d’ailleurs à trancher pour toujours : beaucoup de lectrices finissent par pratiquer les deux, chacun pour ce qu’il offre, l’un pour la structure, l’autre pour la respiration.
Un dernier conseil, peut-être le plus important : méfiez-vous des jeux achetés pour leur seule couverture. Prenez le temps de regarder plusieurs cartes de l’intérieur du paquet, de lire quelques pages du livret, de vérifier que le ton vous convient. Un jeu de cartes symboliques est un compagnon de long terme ; il mérite le même soin qu’un beau livre.
Peut-on essayer un oracle avant d’en acheter un ?
Oui, et c’est même la meilleure façon de choisir. Avant d’investir dans un jeu, tirez des cartes réellement, plusieurs jours de suite, et observez ce que cela produit en vous : de l’ennui, de la curiosité, l’envie d’y revenir le lendemain. Cette envie de revenir est le critère le plus fiable qui soit.
Borago propose pour cela des tirages gratuits, sans inscription ni matériel. La carte du jour installe un rendez-vous quotidien d’une seule carte, idéal pour éprouver la régularité d’une pratique. Le tirage oui-non permet de voir comment une carte répond à une question fermée : elle nuance plus qu’elle ne tranche, et c’est une leçon utile sur ce que les cartes savent faire, et ce qu’elles ne prétendent pas faire. Le tirage à trois cartes donne enfin un avant-goût de la lecture combinée, celle qui fait dialoguer les images entre elles. Vous pouvez aussi parcourir librement la galerie des cinquante-trois cartes pour vérifier si cet univers botanique vous parle, carte après carte. Et si vous préférez le téléphone au navigateur, l’application Borago reprend les mêmes tirages, sans abonnement.
Oracle ou tarot : la question mérite mieux qu’une réponse tranchée. Le tarot offre la profondeur d’un système éprouvé ; l’oracle, la douceur d’un langage choisi. Commencez par celui qui vous donne envie de tirer une carte demain matin : c’est le seul critère qui ne déçoit pas.